Velours jaune, chapitre deux

par ElectricPrune
10/10 40 pts / 4 votes - 3 commentaires
Dès 1942, au plus haut niveau américain 'on savait'. L'alerte commença le 25 février 1942.

Cette nuit-là, entre 3h12 et 4h15, de mystérieux avions, capables de faire du 'sur place' avant d'accelerer brusquement, ont été observés et pris sous le feu de la 37eme brigade anti-aerienne.

Les militaires américains, cette nuit-là, n'ont pas lésiné: 1430 obus ont été tirés ! Le silence ne pouvait pas retomber après une telle consommation de poudre.

Ah, vous êtes là, Léonard. Nous faisons une réunion dans le salon pour accueillir la nouvelle personne présente, que vous avez déjà rencontrée, je crois...

La suite de l'enquête prouvera qu'il ne s'agissait évidemment pas 'd'une quinzaine d'avions civils affrétés par des agents ennemis'.
Hein ? Désolé Leonard mais j'ai un peu du mal à suivre, vous parlez de quoi, exactement ?

En 1942, le vol de nuit était une technique très délicate. On voit mal 15 avions décoller et atterrir sur un terrain de fortune sans attirer l'attention et sans accident !
Oui... En effet... Donc, vous nous rejoignez dans le salon quand vous avez fini ce que... euh, ce que vous êtes en train de faire, d'accord ?

Curieuse attitude pour des avions ennemis: ils ne lacheront pas même une bombe, pas même un tract pour bien prouver à la population que 'l'ennemi' a pu impunément se promener dans l'espace aérien américain.
A tout à l'heure, Léonard.

On pourrait peut-être tout simplement trouver de la dynamite, quelque part dans cette maison, et tout faire peter... Personne serait derangé, vu qu'apparemment nos disparitions ne préoccupent pas grand monde à l'exterieur...

Tiens... C'est marrant, la façon dont je suis persuadé qu'il y a un exterieur... Je ne me souviens absolument d'aucun élément de ma vie passé, tout a disparu depuis que je suis arrivé dans cette maison, mais je suis absolument convaincu qu'il y a un exterieur.

Comme si tout pied devait laisser son empreinte et que toute empreinte devait avoir sa trace... Alors que si ça se trouve je ne suis jamais arrivé dans cette demeure...

Si ça se trouve, j'y ai toujours été.

Vous savez que c'est plutot mal vu de parler tout seul, monsieur ?
Que... Vous êtes là depuis longtemps ?

Oh non, ne vous inquietez pas, si vous avez déballé des choses sur des rapports incestueux avec votre mere, je les ai loupé. Je viens juste de passer la porte...
Hum... Vous devez être Sissy, je suppose. Jack Peach m'a parlé de vous.

Ce Jack, incapable de dire trois mots sans en faire un roman... Je suppose, alors, que vous connaissez toute la surface de mon histoire, toutes ses apparences...
Euh. Je...

Mais vous, vous vous appelez ? ...
En fait, je n'en ai pas la moindre idée... Je crois que je suis amnésique. Jack Peach a decidé de m'appeller Danny White, si vous voulez...

Danny White... Pourquoi pas, ça me va. Enchantée, Danny.
Enchanté, Sissy.

Normalement les autres devraient arriver, je ne comprends pas ce qu'il se passe...

AAAAAAHHHHHHHHHHH
Vous... Vous avez entendu ce cri ?
Pas de panique. Pas de panique. Cela doit avoir une explication rationnelle.

Les explications rationnelles à un tel hurlement de douleur auraient tendance à me faire paniquer.
Voyons... Vous voyez tres bien ce que je veux dire.

Je crois que ça venait de quelque part au rez-de-chaussée. .. A force de se ballader dans ces couloirs obscurs, on connait un peu la geographie de la maison... Vous me suivez, on va voir ça ?
D'accord.

Alors... Par là c'est la salle de jeux...
Je crois que ça venait de plus loin...

Par là il y a le second séjour, et par là la cuisine...
Allons voir la cuisine, si vous le voulez bien.

Alors... Voila... Je sens la porte sous mes doigts... Et voila le bouton de la poignée...

Oh mon dieu.
Oh mon dieu.

Que... Qu'est ce que nous pouvons faire ?
Je... Je ne sais pas... C'est absolument horrible. Qu'est ce que c'est que cette chose ?

C'etait un homme, j'imagine, il n'y a pas si longtemps que ça.
C'est... C'est impossible... Une telle bouillie de sang, de chair, d'ossements et d'organes... C'est trop concret pour être un corps, c'est trop... Je ne sais pas, c'est trop horrible.

On dirait une oeuvre d'art moderne.
Indescriptible. Quel carnage... Retournons au salon, si vous le voulez bien.

Je ne comprends... J'avais laissé Danny White, enfin ce mec que j'ai appelé Danny White ici, et puis plus rien...
C'est peut-être lui qui a crié comme une fillette, tout à l'heure.

John, vous ne devriez pas être aussi cynique; il se passe des choses dans cette maison qui ne me plaisent pas.
Personnellement je trouve ça plutot cool. J'ai l'impression d'etre dans un mauvais film de serie b paranoiaque.

Ces machins ont toujours un sacré succes... Je vous ai parlé de mon collègue, Fred ?

Euh non, je crois pas...
Fred était un sacré bon scenariste, à un moment son nom était sur toutes les levres, je vous jure. Il faisait frisonner les gosses, qui se ruaient dans les salles pour suivre les aventures de ses espions et de ses agents secrets...

Fred était un specialiste du serial, le genre etait à la mode, il y a quelques années... Il truffait ses histoires de complots machiaveliques, d'histoires d'extraterrestre s controlant la psyché de nos dirigeants, de systemes de surveillance et de dossiers classés x.

Tout le monde considerait qu'il etait paranoiaque, completement paranoiaque, dans la profession, mais on s'en foutait un peu parce que ses films marchaient du tonnerre. Vous vous plaigniez pas de bosser avec des tarés s'il vous rapporte des ronds.

Il se balladait toujours avec des raybans sur le nez, meme de nuit ou en interieur, et il grillait clope sur clope, une goutte de sueur descendant invariablement le long de sa tempe.

En fait, il ressemblait à une caricature d'un de ses personnages, qui etaient deja tous des caricatures d'autres personnages.

Pourquoi vous me racontez ça ? Vous pensez pas qu'il y a des choses plus importantes à regler ?
Attendez, vous allez voir... Vous allez comprendre que ça a un rapport avec notre situation... Et puis meme si ça n'en a pas... Bref...

Fred devenait de plus en plus maigre, de plus en plus fievreux, et ses scenarios devenaient de plus en plus dementiels. Mais les gens allaient moins en salle, ou plutot ils preferaient d'autres choses, la mode etait à l'heroic fantasy, alors.

Fred parlait sans cesse d'hommes qui le suivaient, il livrait des feuilles de brouillon grifonnées en lieu et place de ses scenarios si carrés, et il disparaissait.

Il avait l'air de croire que l'ensemble de la population mondiale etait liguée contre lui. C'est ce que nous croyons tous.

Et puis un jour, il s'est suicidé.

On pensait que c'etait en rapport au grand complot, aux martiens, ce que vous voulez... Et vous savez ce qu'il avait laissé comme explication, à coté de son cadavre ?

Une feuille de cahier d'enfant, ou il expliquait, ecrit au crayon vert, qu'il ne pouvait plus supporter de voir ses films faire bide sur bide.

Il avait bien caché son jeu le salaud. J'ai toujours cru qu'il etait d'un egocentrisme forcené, alors que tout ce qui l'interessait, c'etait faire plaisir aux autres. Je porte des lunettes noires en son honneur.

N'empeche, ça nous sort pas de notre merde, tout ça...
C'est sur, mais c'etait une belle histoire.

Vous etes toujours là, Danny ?

Danny ? Faites pas l'idiot, j'ai pas besoin de ça pour l'instant...

Danny ?

Oh le con.

Il a disparu... Il a disparu entre deux pieces eloignées de quelques metres... Je dois rejoindre les autres, au plus vite.

commentaires
NoteNote :   
La claque.



Le clin d'oeil ?
3. 25.04.07 à 00:58 |dilbert10/10
dilbert
Yeah, ça ça envoie.
2. 24.04.07 à 11:54 |Mikusu10/10
Mikusu
excellent!
1. 23.04.07 à 11:50 |bison_foutu.10/10
bison_foutu.