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La grande allégorie

par Delivrance
10/10 49 pts / 5 votes - 7 commentaires
Il y a bien longtemps, dans une région éloignée, vivait un triste sir. Et sa vie était sûrement aussi triste que lui-même. C’est en effet sur un royaume en conflit que régnait ce triste sir, triste de n’avoir aucun royaume plus décent sur lequel régner, et devant se contenter des problèmes de son pays comme moyen d’assouvir son autorité. C’est en effet un problème quand seuls les problèmes conflictuels de région font office de problèmes officiels.

C’est en l’an 1132 de l’an de grâce que commence cette histoire.

Bouffon ! Qu’on m’apporte un nouveau parchemin du ménestrel répondant au nom de Jacques de l’Ecorce ! Quant à toi : danse ! Danse jusqu’à ce que le sang de tes pieds inonde ma royale robe et que tes doigts de pieds tambourinent le plafond !
Il en sera fait selon tes désirs, mon bon roi.

Mon bon roi, est-il nécessaire de torturer ainsi tes serviteurs ? Ce fut sans différence visible qu’on jeta aux lions ta femme de ménage, mais ce bouffon vaut bien quelques uns de mes plus beaux trophées de chasse !
Hélas ! conseiller, connais-tu par miracle autre moyen de démontrer mon pouvoir ? Et comme les conseillers au trône le savent : quelle chose plus important qu’un peuple en crainte de son roi ? J’ai eu beau faire quérir druides, savants, et érudits de par delà le pays, aucun n’eût de solution à mon dilemme ! La guerre fait rage et tous mes hommes sont au front.

Je sais tout cela, sir, et pourtant la population va en diminuant au rythme des cors d’exécutions. Les pères meurent pendus, les mères meurent de fatigue, et les fils meurent de faim.
Que les jeunes mangent les vieux ! Peu m’importe qu’on crie dans les rues, tant qu’on ne mutine pas dans le château ! Et puisque vous parler de mourir ; faites donc amener la femme et le fils du bouffon et pendez les avec l’homme de leur maison ! Qu’on ne dise pas que plus de deux choses peuvent être mortelles dans mon pays !

Or, il advint qu’un jour, au front, un vieil homme fut découvert inconscient dans la neige. Une fois son corps réchauffé et son esprit clair, le vieillard pu donner aux soldats toutes les explications qu’ils réclamaient. Et ce fut avec une grande joie qu’on appris les nouvelles apportées par la neige.

Conseiller ! Conseiller ! Nous avons de bonnes nouvelles du champ de bataille !
Quels sont-ils, messager ? Pressez vous donc, puisque le château n’attend qu’un peu de joie pour oublier ses troubles !

Il est advenu un évènement qui peut changer en bien le comportement et l’humeur de notre bon roi. Il y a de cela une semaine, nos soldats découvrirent un homme tombé de fatigue en pleine neige. Après l’avoir recueilli dans leur chambrée et lui avoir donné le restant de soupe, l’homme s’est avéré être un envoyé du roi Geoffroy de Akayk, loin dans les régions nordiques. Il venait avec un message d’une grande importance ; et désespérait de ne pouvoir venir ici en personne.
S’il eut vent du traitement des gens dans notre pays et qu’il voulait voir d’urgence notre roi, ce doit être que son message importe à notre sir et à son peuple. Dis ! Parle, diable !

L’envoyé tenait à peu près ces propos : le bon roi Geoffroy de Akayk, ayant reçu ces quelques derniers mois une arrivée massive d’immigrants mécontents et terrifiés du pays de Tenretin, jugea bon de prendre des nouvelles de notre sir. Il su bien vite de quoi il tenait, et dans sa sagesse et sa bonté, il chargea un de ces sorciers d’investir notre roi de quelques magies bénéfiques. Il en fut fait ainsi le lendemain à la veille, et le vieillard venait nous en informer.
Voilà qui me semble de bon augure pour nos paysans. Mais dis moi, quel sorte de magie ?

Cela, le vieillard n’en tint point mot.
Eh bien. Ce sera de notre sort de définir cette magie.

Le conseiller, aussi rapidement qu’il le pu, monta les escaliers du donjon et arriva bien vite à la chambre de son roi, où ce dernier se reposait de ces dernières décapitations. Si le roi se trouva bien heureux de la nouvelle, le peuple en fut ivre de joie, de pouvoir enfin être ivre de vie en toute quiétude

Alors il en est ainsi : je possède une magie mais ce bon ami Geoffroy m’en tient secret et attend de moi que je le découvre et que j’en fasse mon expérience par découverte ! Ce bon homme est bien farceur, mais qu’il soit béni de placer des sourires là où je ne les attendais plus !
Qu’on célèbre dans toutes les demeures la joie de notre roi ! Que le paysan, sa femme et son fils festoient de mourir vieux !

Alors commençons de suite à enquêter au sujet de mon nouveau pouvoir ! Voyons voir… Toi ! Chevalier ! Tiens toi bien droit devant moi ! Si ce pouvoir est bénéfique, estime toi heureux d’en voir les effets le premier !
Fort bien, sir.

Essayons d’agiter quelques doigts… Eh bien. Non. Peut-être qu’en bougeant les bras ?... Non plus. Ma foi, j’ai beau faire les méthodes de mes magiciens, druides, et jongleurs, rien y fait !
Sir, peut-être votre esprit puisse vous être utile ?

Chevalier, bien heureusement pour toi que mon esprit est haut et hautain, ou il aurait été fort vexé de ta remarque. Mais en y réfléchissant bien, peut-être que ta phrase n’a pas pour seul but d’être désobligeante. Essayons de nous concentrer…
Sir, vous pouvez être certain que je ne me permettrai jamais d’avoir quelques pensées désobligeantes à votre égard.

Eh bien ? Chevalier ?
Sir, je ne crois pas ressentir quoi que se soit.

Les dires du chevalier s’avérèrent vrai, et tout le peuple en fut informé. C’est d’ailleurs ce qui fit la magie de l’instant : tout le peuple en fut informé, certes, mais d’une façon des plus étranges. Ce fut du chevalier qu’il l’apprirent, de voix, et même les plus misérables et les sourds l’entendirent, au même moment. Comment cette magie fut-elle possible ? Nul n’en su plus, mais tous surent ceci : le pouvoir du roi était désormais connu.

Ainsi voilà votre pouvoir ! C’en est un des plus étranges, mais nul doute qu’il sera bon pour votre peuple. En effet, si tous peuvent se faire entendre du plus grand nombre, alors il ne tient qu’à vous de faire entendre les plus poétiques, jolis à entendre, et faire la joie et le divertissement de votre peuple ! De sorte que plus jamais on ne tienne de propos sur les loisirs douteux de votre bon pays !
Certes ceci nous sera fort utile, à nous et à nos gens déprimés. Qu’on en appel à tous nos bardes, chanteurs, et gens de bonne foi !

Et il en fut fait selon l’ordre du roi. On fit venir des quatre coins du pays, et des pays alentours, les meilleurs artistes dignes d’être entendus de tous. Et ce fut dans la joie qu’on accueilli et qu’on écouta ces derniers, durant des mois durant. Cependant il advint qu’un jour personne ne se présenta au château ; les artistes avaient tous désertés ou étaient tous passés. C’est dans une journée d’été qu’on du se rendre à l’évidence.

Mon bon roi, c’est depuis des jours qu’aucun ménestrels, conteurs ni aucun joueurs d’instruments ne s’est présenté à la porte de notre château, ni même dans votre bon pays.
Je l’ai bien vu, conseiller, c’est pourquoi nos paysans doivent se contenter de personnes bavardes à écouter ! Nous manquons tellement de bonnes personnes, qu’hier j’ai du faire amener un père qui chanta une berceuse à tous les enfants le soir venu ! Maintenant qu’on prit goût aux longues écoutes agréables, comment éviter les mauvais avis ?

Cela sort de mes compétences, sir. Et la situation va de mal en pis : encore hier nos gardes eurent affaire à des gens mécontents venus forcer le passage et passer eux-mêmes à la grande écoute ! Et à l’heure où je vous parle, les gardes eux-mêmes se révoltent !
S’il doit en être ainsi, que nos hommes autrefois loyaux se servent de leurs armes contre nous, alors qu’il en soit fait de cette façon. Je périrai par l’épée, et alors plus personne ne pourra jouir de notre ancien bonheur, et plus aucun gens ne pourra souffrir de le perdre.

Et il en fut fait selon l’ordre du roi. Si plus aucun de ses gens ne lui obéissait et désiraient de nouvelles grandes écoutes, le conseiller, lui, resta loyal à son sir. Il prit son épée et le pourfendu. Ainsi fait, on énonça la nouvelle au quatre coins du pays et des pays alentours, et les paysans, ménestrels, conteurs et gens de bonne foi le surent. Et ce fut bien vite que la nouvelle se répandit, qu’on pouvait encore entendre ménestrels, conteurs et gens de bonne foi, par bouche à oreilles et festoiements, encore bien vite.

commentaires
NoteNote :   
C'est classe !
7. 18.08.08 à 19:22 |Arte10/10
Arte
Alors là... chapeau pour l'histoire! Y'a plus qu'à trouver un bon dessinateur et en faire une version visuellement supportable!
6. 17.08.08 à 15:29 |Cenovis10/10
Cenovis
3. Je dirait même plus ! Je l'ai relu !
5. 17.08.08 à 12:13 |Anarchy__10/10
Anarchy__
J'ai cliqué plusieurs fois sur le titre avant de me décidé a lire l'histoire... Mais finalement ça n'a pas été une perte de temps
4. 17.08.08 à 11:36 |cocinou10/10
cocinou
2. T'as une mauvaise opinion de toi.
3. 17.08.08 à 10:53 |Proktole9/10
Proktole
Dommage que personne ne l'a lu !
2. 17.08.08 à 10:41 |Anarchy__10/10
Anarchy__
J'adore !

C'est tellement ... !
1. 17.08.08 à 10:38 |Anarchy__10/10
Anarchy__